jeudi 18 juillet 2013

“Pour la CFDT il n'y pas de tabou”

Interrogé par La Gazette de Côte-d'Or le 10 juillet 2013, Laurent Berger a fait le point sur l'ensemble des grands sujets sociaux du moment.


Pourquoi êtes-vous opposé à un passage de 35 à 37 heures dans la fonction publique, ce que préconise la Cour des comptes ?
Le travail de la Cour des comptes, c’est de faire les comptes, pas de décider des politiques à mener. En France, la durée légale du travail est de 35 heures pour tous les salariés. Il n’y a pas de raison qu’elle soit différente pour les seuls fonctionnaires. Ne faisons pas des fonctionnaires les boucs émissaires de la situation financière de notre pays, ils n’en sont pas responsables.


Acceptez-vous l’hypothèse d’une diminution du nombre de fonctionnaires et dans quelles proportions ?
Pour la CFDT, il n’y a pas de tabou. Mais je refuse le dogme qui consiste à dire « réduisons le nombre de fonctionnaires », sans poser la question des missions du service public. C’est mettre la charrue avant les bœufs ! Il faut d’abord réinterroger l’action publique. Qu’est-ce qui doit faire partie de ses missions, et par conséquence, quels sont les moyens nécessaires. L’approche strictement comptable de la Révision générale des politiques publiques de Nicolas Sarkozy a été une catastrophe. De nombreux corps de la fonction publique n’ont plus les moyens d’assurer leurs missions. C’est le cas par exemple de la répression des fraudes, dont les effectifs ne sont plus suffisants. Pourtant, ce sont ces fonctionnaires qui s’occupent de la sécurité alimentaire… Quand un pays ne se donne plus les moyens de contrôle nécessaires, il ne faut pas s’étonner qu’éclate un scandale comme celui des lasagnes à la viande de cheval. Je mets donc en garde le gouvernement : une approche dogmatique et comptable de réduction du nombre de fonctionnaires serait la pire méthode pour réformer l’action publique.


Quelles solutions préconisez-vous pour réduire la dette publique ?
Il faut maîtriser la dette, bien évidemment. Mais la période de crise impose que l’on étale dans le temps les efforts, sinon cela va être dramatique pour la croissance et notre économie risque de rester en panne durablement. Ensuite, il faut définir les missions de l’action publique et les services à rendre aux citoyens avant de décider où les économies doivent se faire. La Conférence sociale du mois de juin a décidé d’enclencher un travail dans ce sens.


Vous militez pour une augmentation de la CSG. Quels sont vos arguments ?
En France, les salariés et les entreprises assument une part importante du financement de la protection sociale. Or la santé et la famille ne devraient pas reposer uniquement sur le travail. Une partie de leur financement pourrait être assurée par la CSG qui repose sur tous les revenus, dont ceux du capital. Le financement des retraites et l’assurance chômage, en revanche, doivent rester principalement financés par le travail.


Quelle est la meilleure réforme à faire pour les retraites ?
Il faut faire une réforme de fond, qu’on appelle aussi réforme systémique. C’est la seule à même de mettre fin aux nombreuses inégalités à l’intérieur des différents régimes de retraites et dont sont victimes les femmes, les salariés qui ont des métiers pénibles, qui ont commencé à travailler jeunes ou ont cotisé dans plusieurs régimes. Le système serait aussi plus simple et plus lisible. Enfin, il devrait être plus harmonisé pour améliorer la situation des personnes qui du fait de leur parcours ont cotisé dans plusieurs régimes. Une reforme systémique est la seule qui puisse redonner confiance dans le système par répartition.


Faut-il aligner, ou au moins rapprocher, le système de calcul des pensions dans le public et le privé ?
Si les modes de calcul des pensions sont différents, les résultats sont proches. La pension moyenne après à une carrière complète dans le privé est d’environ 1 700 euros par mois. C’est très proche de la pension moyenne des fonctions publiques, qui est de 1 670 euros. Le taux de remplacement de la pension par rapport au dernier salaire perçu est quasiment équivalent. Les inégalités sont donc à l’intérieur des régimes. S’il faut rapprocher les systèmes à long terme, cela nécessitera d’inclure les primes des fonctionnaires dans le calcul. Il faut aborder le sujet dans sa globalité.


Quelles sont les orientations à prendre en urgence dans le domaine de la formation ?
Aujourd’hui, il y a des chômeurs et des besoins d’emploi qui ne se rencontrent pas. Le gouvernement a annoncé à la Conférence sociale que 30 000 demandeurs d’emploi de plus bénéficieront d’une formation d’ici la fin de l’année. À côté de cela, le système de la formation professionnelle profite surtout aux salariés les plus qualifiés. Il faut donc réformer la formation professionnelle. Il y a des enjeux, comme l’emploi, et notamment celui des jeunes, la compétitivité de notre économie, la mise en œuvre du compte personnel de formation créé par l’accord Sécurisation de l’emploi… La CFDT veut une réforme qui privilégie ceux qui en ont le plus besoin et oriente la formation professionnelle vers des emplois de qualité et vers les emplois de demain.


Comment mieux lutter contre le chômage des seniors ?
Il faut agir sur la formation, sur les conditions de travail et la gestion des fins de carrière. Et puis, il faut mettre fin à l’hypocrisie des entreprises qui veulent reculer l’âge du départ en retraite et continuent de se séparer des seniors. La CFDT plaide pour la création d’un départ en retraite progressif.


Pensez-vous qu’une inversion de la courbe du chômage soit envisageable ?
Concrètement, une inversion de la courbe du chômage, cela veut dire moins de chômeurs. Oui c’est possible. Nous avons même le devoir de le faire. Est-ce que ce sera dès la fin de l’année ? J’en doute, mais la question essentielle n’est pas là. La vraie question, c’est celle des moyens que nous consacrons à la lutte contre le chômage et à l’accompagnement des demandeurs d’emploi. À la conférence sociale du mois de juin la CFDT a demandé une mobilisation générale en ce sens, avec des coordinations locales de tous les acteurs de l’emploi. Le gouvernement a annoncé des choses en ce sens.  Nous attendons.


Une dégressivité des allocations chômage est-elle envisageable ?
Non, c’est inenvisageable. Notre pays compte cinq millions de chômeurs. Le chômage ne cesse d’augmenter. On ne peut pas envisager une dégressivité des allocations, ce serait injuste vis-à-vis des demandeurs d’emploi. Ils n’ont pas choisi cette situation et n’en sont pas responsables. Il faut les aider à retrouver un travail, pas les punir de ne pas en avoir.


Qu’attendez-vous de Pierre Gattaz, le nouveau président du Medef ?
Le patronat doit assumer pleinement ses responsabilités. La première d’entre elles, c’est de faire vivre le dialogue social. Le patronat doit comprendre que le social est une des composantes de la compétitivité, pas un sous-produit de l’économie.


Comment améliorer le dialogue social ?
Le dialogue social, ce n’est pas la négation des intérêts divergents, mais l’organisation de leur confrontation, afin de faire émerger du concret pour les salariés. Pour la CFDT, le dialogue social est un plus pour les entreprises, comme pour les salariés. La CFDT assume ses positions. Si tous les salariés vont bientôt avoir une complémentaire santé prise en charge à moitié par leur employeur, c’est bien aux signataires de l’accord Sécurisation de l’emploi qu’ils le doivent, et à eux seuls.

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